Le 24 août, par solidarité avec le gréviste de la faim Bilal Kayed, des Palestiniens se rassemblent en face des bureaux de la Croix-Rouge, à al-Bireh, une ville de la Cisjordanie occupée. (Photo : Shadi Hatem APA images)
Une menace directe
Kayed avait été placé en détention administrative après avoir purgé une peine de prison de 14 ans et demi en raison de sa supposée collaboration avec le Front populaire de libération de la Palestine. Pendant ses 15 années ou presque de détention, ses compagnons de prison avaient désigné Kayed pour qu’il opère avec les comités factionnels de coordination qui avaient organisé les grèves de la faim collectives en 2011 et 2012 et qui, à leur niveau, avaient impliqué des milliers de prisonniers palestiniens. Durant les neuf derniers mois de sa peine, Kayed avait été enfermé en isolement complet, a expliqué pour The Electronic Intifada Charlotte Kates, coordinatrice internationale du Réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens. Mais, à la date prévue de sa libération, les autorités israéliennes ont décidé qu’il constituait une « menace sécuritaire » et ont décidé de le placer en détention administrative, une pratique permettant de détenir des personnes indéfiniment sans accusation ni jugement. « Ce n’est pas rien qu’un autre détenu administratif », a expliqué Kates. « Il s’agit d’une menace directe contre chacun des autres prisonniers palestiniens purgeant leur peine, ainsi qu’une tentative de se venger sur des détenus qui dirigent des mouvements à l’intérieur des prisons. » « La grève de la faim veut mettre fin à un précédent qui menace chacun des 7 000 prisonniers palestiniens. » Les grévistes réclament la libération de Kayed. Les Nations unies ont également fait des déclarations à propos de la détention prolongée de Kayed, en condamnant la pratique de la détention administrative. « C’est un cas des plus remarquables, dans lequel Monsieur Kayed a été placé en détention administrative le jour même où il était prévu qu’il soit libéré après avoir purgé une peine de 14 ans et demi de prison », a expliqué dans un communiqué de presse Robert Piper, coordinateur de l’ONU pour l’assistance humanitaire et l’aide au développement dans les territoires palestiniens occupés. « Le nombre de détenus administratifs n’a cessé d’augmenter depuis huit années consécutives », a poursuivi Piper. « Je réitère la position défendue depuis longtemps par l’ONU, selon laquelle tous les détenus administratifs – qu’ils soient palestiniens ou israéliens – devraient être informés de ce dont on les accuse ou libérés sans retard. » Mais les Palestiniens en Cisjordanie ont dénoncé ce qu’ils perçoivent comme des efforts insuffisants de l’ONU pour opérer au nom des prisonniers grévistes de la faim. À Ramallah, ce week-end, des protestataires ont bloqué une entrée du bâtiment des Nations unies avant que celle-ci ne soit fermée temporairement par les forces de police de l’Autorité palestinienne. Kates, qui s’adresse à The Electronic Intifada depuis Bruxelles, s’est récemment vu refuser par Israël l’entrée en Cisjordanie occupée lorsqu’elle a tenté d’y pénétrer par la Jordanie. Kates voyageait pour accompagner une délégation de parlementaires et hommes de loi européens soutenant Kayed. Lors du dernier contrôle de son passeport, Kates a déclaré que le garde israélien de la sécurité savait qu’elle travaillait pour un site Internet défendant les prisonniers politiques palestiniens. « Ils m’ont demandé : »Êtes-vous ici dans l’intention de faire quelque chose au sujet de Bilal Kayed ? » » Kates a expliqué qu’elle avait également été interrogée à propos de son implication dans le mouvement BDS et dans la Semaine de l’apartheid israélien. Elle a également déclaré qu’elle n’avait plus tenté d’entrer en Cisjordanie depuis 2007 et qu’elle s’était rendue à Gaza en 2012 via le passage entre Rafah et l’Égypte. Au début de ce mois, Israël a annoncé qu’il constituait une task-force en vue d’éradiquer et de déporter les activistes BDS. Kates dit qu’elle a remarqué une « intensification de la politique d’exclusion » des internationaux au cours de l’année écoulée, et que celle-ci visait particulièrement les Palestiniens en possession de passeports internationaux. Kates a insisté sur le fait que c’étaient toujours les Palestiniens qui faisaient l’objet des examens les plus fouillés aux frontières et que c’étaient également eux qui se voyaient le plus fréquemment refuser l’accès ou accorder un accès limité au pays.Encore plus de grévistes de la faim
Plusieurs prisonniers poursuivent leur grève de la faim pour protester contre leur propre détention administrative. En août, le journaliste palestinienOmar Nazzal a vu sa détention administrative prolongée de de trois mois supplémentaires.
La Fédération internationale des journalistes a dénoncé cette prolongation.
« Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que les autorités israéliennes multiplient ce genre de mesures et qu’on leur permettent de le faire ad infinitum », a expliqué Philippe Leruth, le président de la fédération.
Nazzal, 54 ans, est en grève de la faim depuis 20 jours. Il a été arrêté le 23 avril alors qu’il essayait de passer en Jordanie pour se rendre à une conférence sur le journalisme qui se tenait à Sarajevo, la capitale de la Bosnie.
Pendant ce temps, le gréviste de la faim Mahmoud al-Balboul a été transféré dans un hôpital israélien le 21 août, après 50 jours sans nourriture. Son frère Muhammadest en grève depuis 47 jours.
Malik al-Qadi et Ayad Herama sont en grève depuis 39 jours.
Aucun de ces grévistes n’a été accusé du moindre délit que ce soit et n’a fait l’objet d’aucun jugement.
Traduction J.P Flémal - Pourlapalestine.be
Source: Electronic Intifada